Arrangements pour duos et trios de petites pièces du fils Bach. Flûte traversière
Arrangements pour duos et trios de petites pièces du fils Bach.
Flûte traversière
Mon cher Friede,
Tu aurais 300 ans ce 22 novembre 2010, jour de Sainte Cécile patronne des musiciens, et je voudrais t’offrir ce petit recueil de pièces pour flûtes. Oh, deux fois rien. Surtout rien de comparable avec les merveilleux duos que tu as consacrés à cet instrument et tellement en avance sur leur époque de par les audaces harmoniques et, il faut bien le dire, les difficultés techniques dont tu les as émaillés. Puissent-elles te remémorer le « petit livre de clavier » que nous avons commencé ensemble à Köthen ce 22 janvier 1720. Je t’y ai appris les notes sur 4 octaves, les 7 clefs, l’usage du pouce, les ornements et surtout la composition « sur table », sans l’aide du clavecin, en imaginant des personnes qui conversent entre elles. Chaque voix a sa couleur, sa personnalité propre, et pourtant le sujet de la conversation est commun.
Tu as bien profité de toutes ces leçons en devenant un virtuose du violon capable de jouer ma chacone aussi bien qu’un improvisateur émérite à l’orgue, ce qui te fit remarquer par la princesse Anna Amalia, sœur de ce cher Frédéric II à qui j’ai dédié mon Offrande musicale.Même si tes racines étaient, de par ton milieu et ton éducation, dans le monde baroque, ton regard et ta sensibilité se portèrent au-delà, vers cet « Empfindsamer Stil », comme le témoignent ces douze magnifiques Polonaises écrites pour la princesse en parfait accord avec la sensibilité romantique qu’elles préfigurent et dont il n’est pas exclu que Chopin ne s’en soit pas nourri.
C’est pourquoi je ne t’en veux pas d’avoir signé ton nom au bas de certains de mes manuscrits ou vendu pour vivre quelques unes de mes œuvres dont tu avais hérité. Je sais que tu as essayé, après avoir quitté ton poste à la Liebfrauenkirche de Halle, de vivre en musicien indépendant, contrairement à mes conseils de rester, comme moi, au service d’une cour ou d’une municipalité… Et les derniers temps à Berlin ne furent pas toujours faciles pour toi.
J’ai sans doute ma part de responsabilité. Comme on dirait en ce début de XXIème siècle, je t’ai probablement trop jalousement couvé en t’inculquant un sentiment de supériorité parfaitement incompatible avec le statut de domestique encore attaché, à ton époque, au métier de musicien, mais aussi en t’empêchant d’acquérir une véritable autonomie.Ton immense talent a fait que j’ai toujours eu un faible pour toi. Je m’en excuse auprès de tes frères Carl Philipp Emmanuel, Johann Christoph Friedrich et Johann Christian, si talentueux pourtant. Je vous ai tous les quatres formés personnellement mais je dois bien me rendre à l’évidence : tu fus mon préféré.
Et même si ce 1er juillet 1784, comme il fut écrit dans un magazine, « l’Allemagne a perdu son plus fameux organiste, et le monde musical en général un homme irremplaçable », ma longue éternité s’est vue un peu embellie car je t’ai retrouvé toi, mon cher Friede, en qui j’ai eu le plus foi musicalement. Bien d’autres nous ont rejoint depuis, Wolfgang, Franz, Ludwig, Félix qui a tant fait pour ma musique, Johannes et les autres… Nos joutes musicales ne manquent pas de piquant, mais rien n’égalera jamais le plaisir de tes petites mains préludant sur le clavecin en ce printemps 1720, dans notre maison du Duché d’Anhalt où raisonnaient pour quelques mois encore les rires de ma tendre cousine Maria Barbara, ta maman.
Ton bien aimé Jean-Sébastien.
Niveau : C1
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